La Scierie Razimbaud

La Scierie Razimbaud

Chaque année, 40 à 80 scieries disparaissent selon la Fédération Nationale du Bois (FNB). Pour stopper l’hémorragie et tenter de relancer la filière bois, le monde de la construction a décidé de venir en soutien.

Elles étaient 15 000 en 1960, 5000 vingt ans plus tard, et seulement 1500 aujourd’hui.

Depuis la crise sanitaire, avec la demande de plus en plus forte du monde de la construction, le déficit de bois transformé d’origine française va devenir criant. Aujourd’hui, la France importe 30 à 40 % de ses besoins.

Sur la commune de Castanet le Haut, une scierie-menuiserie a connu de beaux jours au milieu des années 80. Zoom !

Serge Razimbaud fait feu de tout bois !


Serge Razimbaud a été à la tête d’une scierie-menuiserie qu’il a implantée sur ses terres de Fagairolles. Souvenirs d’une époque révolue.
C’est au pied de son vanillier de Madagascar, petit clin d’œil aux origines de son épouse qu’il

est allé chercher en cette île lointaine, que cet enfant du pays raconte son histoire.

Que de chemin parcouru depuis sa naissance à Sète, ile singulière, en  passant par la Corse, où son père fabrique du fromage pour le compte des caves Roquefort. Il suivra ensuite une formation de tourneur sur métaux à Morlaix. Ce qui le conduit à Béziers, à la Cameron, où il fabrique des vannes pour les plateformes pétrolières. Entre-temps, il s’installe à Fagairolles, fief de ses grands-parents. 

De son papé, il héritera de l’envie de bien faire qui lui servira quand il s’orientera vers le métier de menuisier. 

A partir de là, son destin est en marche ! Bizarrement, le déclic sera induit par un besoin de poutres pour rénover le toit de l’habitation familiale. Son père apprend alors que la scierie Azaïs à Murat est à vendre. L’affaire est rondement menée et le déménagement, bien vite effectué, marque le début d’une nouvelle aventure. 

En 1986, la scierie-menuiserie Razimbaud est ainsi créée, artisanat premier pour la transformation du bois. Elle fournit des produits semi-finis, les sciages, destinés à une industrie de seconde transformation (menuiserie, ébénisterie, construction...). La matière première vient des forêts du secteur, et Serge y adjoint une coupe de bois qu’il exploite sur l’Espinouse. « Les arbres sont encore plus impressionnants une fois qu’ils sont à terre. Les immenses troncs, à l’écorce friable, entreposés devant la scierie : châtaigniers, sapins, noyers et même pommiers, me donnaient parfois des sueurs pour les mettre en place. À l’intérieur du hangar, la sciure qui se déposait partout, était comme le souvenir des tonnes d’arbres devenus planches entre ces murs. Le bois ça sent bon, c’est un produit noble, un matériau qui reste vivant, même lorsqu’il est coupé et monté en meuble », raconte Serge Razimbaud sur un ton passionné.

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La scierie Razimbaud - 28 Mars 1989

© Pierre ALLIÈS

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La scierie Razimbaud - 28 Mars 1989

© Pierre ALLIÈS

Contre toute attente, par le bouche à oreille, les clients affluent et tables, bancs, charpentes, petit mobilier… sortent de son atelier et lui confèrent une renommée du travail bien fait.

Mais être artisan n’est pas de tout repos. Entre l’approvisionnement, les temps de fabrication à rallonges pour respecter les délais de livraisons, auxquels il convient de rajouter  de la « paperasserie » en tous genres (Serge a le niveau de CAP comptabilité), l’amplitude de ses journées est démesurée. Et si les résultats financiers sont équilibrés, cela génère beaucoup de stress et, hélas, l’arrivée de problèmes cardiaques.

Après une première opération en 1992, il ne peut reprendre son activité. Il vend sa scie à regret et construit, quelques années plus tard, sa maison d’habitation en lieu et place.

C’est à cette période que le Maire, Max Alliès, valide la création d’un poste d’employé communal et se tourne vers lui, fort de ses expériences passées. Il débute le 1er mai 1996 (jour de la fête du travail, ça ne s’invente pas !), s’en suivront plus de 18 ans de carrière.


 

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Serge Razimbaud et son père - 28 Mars 1989

© Pierre ALLIÈS

Quand Serge Razimbaud se prête au jeu des questions-réponses, les anecdotes vont bon train, dans la bonne humeur !

Serge, n’était-ce pas une gageure de créer une scierie à Fagairolles ?
Pour moi impossible n’est pas Français. Je n’ai jamais été de forte stature aussi, depuis tout jeune, j’ai donc fait travailler ma tête et ma volonté de réaliser des projets. Ma vie est loin d’avoir été un long fleuve tranquille, mais j’ai toujours eu l’envie de bien faire chevillé au cœur. Je dois dire que mon père m’a beaucoup encouragé. Quand j’étais à la scierie, il venait passer ses journées avec moi. C’était un peu, et je le dis avec bienveillance, mon inspecteur des travaux finis. J’ai pris beaucoup de plaisir à travailler le bois, depuis l’abattage jusqu’à la fabrication de pièces diverses que j’allais livrer et installer ici et là. Et, comme je suis connu dans le pays, j’avais de nombreuses commandes. Ce temps-là a vraiment été une parenthèse enchantée car la matière première est vivante et lui donner corps est un privilège.

Comment avez-vous vécu la non-reprise de votre activité?
Plutôt mal. Quand je suis rentré la première fois dans la scierie après mon opération, le bruit et les vibrations m’insupportaient au plus haut point. J’ai pensé que cela pourrait revenir, mais au bout de 6 mois, de guerre lasse, j’ai abdiqué, me contentant de faire de petits travaux. Puis, je me suis séparé de ma scie.

A présent à la retraite, quels sont vos projets ?
Eh bien cela va surement vous étonner, mais je « talonne » ma femme pour que nous partions un mois à Madagascar. Actuellement avec la Covid ce n’est pas possible, mais quand ce fichu virus nous aura lâchés, je compte bien partir !

• Dominique ALLIÈS

 

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Serge Razimbaud devant son vanillier

© Anthony ALLIÈS

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